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Je dis ça,
et je ndis rien.
« Le français est une langue vivante. »
On ne court aucun risque à enfoncer une porte ouverte, si ce nest dêtre ridicule.
Vivante. Bien sûr que oui ! Une langue vivante en opposition à une langue morte. Alors là, vous avez tout à fait raison.
Mais ce nest pas mon propos.
Par « langue vivante », jentends une langue qui continue régulièrement à sadapter, à se transformer. Oserais-je aller jusquà dire senrichir ?
Là, je vous arrête ! Je ne suis plus daccord. Et je suis même et malheureusement convaincu du contraire, car, nonobstant lindispensable adoption de quelques mots dorigine étrangère, je nai nullement limpression dun quelconque enrichissement.
Je suis plutôt persuadé du contraire. Notre langue abandonne progressivement beaucoup déléments qui lui conféraient précision, distinction et charme.
Je mexplique :
Le Monde du vivant, et entre autres celui de la langue, est soumis à une loi omniprésente : la loi du moindre effort. On ne va pas se compliquer la vie ! Pourquoi faire compliqué, quand on peut sen passer ? Alors, on jette limparfait du subjonctif, on relègue certains mots aux oubliettes, on conjugue à tort et à travers, on prend des libertés qui deviennent inadmissibles.
Je vais passer pour intolérant.
Je men fiche éperdument.
Sous prétexte de vouloir « démocratiser » (notre langue appartient bien à tout le monde à ce que je sache), on allège, on admet des variantes orthographiques sous le prétexte quune « clé » ou anciennement « clef » ouvre quand même une serrure.
Où va-t-on ? Je vous le demande.
À notre époque, la langue française, notre belle langue, revêt des habits dailleurs. Il ny a quà se rendre en banlieue, pour sapercevoir que lon ne sait plus causer, que lon ne comprend plus ce « quils » disent. La vertu fédératrice de la langue prend désormais des accents discriminatoires.
Et la démocratisation prend des allures de nivellement. Par le bas, jentends bien le clamer tout haut
Ce qui est le plus regrettable, à mon avis, cest que ce nest pas uniquement « la rue » qui transforme notre langage. Ô non ! Il est dorénavant de bon ton, ou pour utiliser langlicisme « up to date » demployer un langage re-loocké pour chaque circonstance. Le fonds du discours passe au second plan, car il convient avant tout de faire paraître une certaine idée de supériorité en donnant limpression, via le langage employé, dappartenir au cercle des initiés.
A défaut dêtre clair et compréhensible, le message revêt un masque ésotérique et provoque une fascination, voire une sorte de respect admiratif.
« Il doit en connaître un sacré morceau, parce quil cause bien. »
Léglise catholique abandonne de plus en plus le latin pour être plus proche de ses fidèles. On remarque le même mouvement pour le langage profane. Et, si les Catholiques apprennent à relire les textes, il faudra peut-être, dans un proche avenir, nous munir dun traducteur franco-français, pour aller acheter sa baguette quotidienne.
Moi, je dis çà,
Et je dis rien ...
Exercices pratiques :
1) Une entreprise déclare :
Nous attachons une grande importance au recrutement des jeunes parce quils possèdent intrinsèquement des capacités dinnovation.
Traduction :
Dans notre entreprise, nous engageons de façon préférentielle des jeunes, parce quils sont plus malléables. Nous virons systématiquement les anciens dès quils ont acquis suffisamment dexpérience pour oser réclamer un salaire adapté à leurs compétences.
Prenez bonne note, vous, les futurs anciens !
2) Déclaration officielle :
Létat de nos connaissances actuelles ne nous permet pas daffirmer que la maladie de la vache folle est transmissible à lhomme.
Traduction :
Mangez en paix. Si vous tombez malade, cest que les connaissances auront évolué.
Bon appétit.
3) Longévité :
Actuellement, on ne pose plus la question de la durée de la vie en termes de longévité pas en termes de qualité.
Traduction :
Crevez les vieux. Plus vite, sera le mieux. Mais surtout dépensez avant de disparaître.
Quel est lâge légal de la sénilité ?
4) Titres : et distinctions :
La balayeuse : technicienne de surface.
La caissière : lhôtesse de caisse.
Le facteur : laccompagnateur de colis
Le paysan : lentrepreneur agricole.
Extrapolons si vous le voulez bien.
Le senseur : garde-chiourme
Le boucher : chirurgien de protéines animales
Le boulanger : fournisseur de glucides complexes.
Lagent de circulation : indicateur de direction.
Le pollueur : émanateur nocif
Le gamin : le con de demain
Le jeune : élaborateur de nos retraites.
Et pour la bonne bouche :
Le vibromasseur : sexe à piles.
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