| L'âme soeur
Soudain, on entendit le craquement dune allumette.
Une lueur jaillit dans la nuit. Lueur dautant plus éblouissante que la nuit était noire.
La flamme grignota la première brindille ; puis de brindilles en brindilles, elle embrasa tout le tas de bois mort que nous avions rassemblé dans la clairière.
Cest drôle lanalogie entre le feu et lamour.
Il suffit dun tout petit rien pour embraser le tout.
Un regard, une odeur, un frôlement, une silhouette et voilà le cur qui senflamme.
Le feu faisait entendre un ronflement de plaisir. On entendait craquer le bois encore gorgé de sève.
Faut-il avoir le cur sec, pour que prenne le feu de lamour ? Faut-il avoir suffisamment pleuré pour sêtre vidé de cette sève qui résiste au feu ?
Le feu gagnait les branches de plus en plus grosses. Alors cétaient de véritables explosions qui envoyaient des feux dartifice vers le ciel.
Nous étions là, serrés les uns à côtés des autres, comme fascinés pour les flammes qui dansaient dans la fournaise.
Fascination du feu, fascination de lamour.
Le feu envoie ses rayons de chaleur ; les amoureux irradient de bonheur.
Avez-vous déjà croisé le regard dune femme amoureuse ?
Cest le soleil qui brille au fond de ses yeux.
Quand on aime, on devient soleil.
Alors quelquun entonna une chanson et dans le silence ponctué de craquements, séleva comme un air de bonheur, un air de sérénité. Nous étions réunis par un je-ne-sais-quoi.
Comme les amoureux qui ne font plus quun seul être.
Nous étions hors du temps, bien à labri dans ces parenthèses de lumière et de ténèbres, loin très loin comme si nous étions sur une autre planète.
Et là-haut, limmensité du firmament, au fur et à mesure que le feu perdait de sa puissance, il allumait des étoiles dans le ciel immense.
Vertige de limmensité. Vertige de linfini.
Ces milliards détoiles qui brillent depuis des milliards dannées et ces milliards dhumains qui comme nous ont contemplé le même spectacle.
Et je me suis mis à rêver.
Dire que dans cette voûté étoilée, parmi ces milliards de milliards détoiles, il y en a peut-être une qui met destinée.
Lâme sur, lautre moitié de moi-même. Lautre moitié que je complète et qui me complète. Les deux morceaux du symbole reconstitué et qui donne le Sens.
Lâme sur, celle qui comprend sans parler, celle qui connaît les paroles avant même quelles ne soient prononcées, celle qui devine , celle qui sait, qui sait le plus profond de mon être. Celle qui chasse toutes les peurs. Celle avec qui je peux être enfin moi-même.
Celle qui me nourrit et que je nourris sans rien perdre, en un enrichissement continuel.
Lamour naît de lamour. Lamour qui rend fort, lamour qui calme, lamour qui permet de supporter lAutre qui donne leur place aux autres car aimer cest partager.
Lâme sur ! Oui. Heureux ceux qui ont la chance de lavoir rencontrée. Heureux ceux qui se sont reconnus. Heureux ceux qui ont retrouvé leur unité.
Cest peut-être cela le paradis ?
Mais que dire de tous ceux qui sont condamnés à la solitude. La solitude à deux est encore plus terrible.
Et que dire de tous ceux qui ont eu le malheur de rencontrer lâme sur
Juste un peu trop tard.
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