Un miroir pour 3 visages
Brobeck Jean-Paul
Caresser le chien,

J’étais assis sur mon canapé quand il prit son élan pour venir s’asseoir à côté de moi. A dix ans, il avait un peu de mal à faire le saut. Dix ans déjà !

Il venait ainsi, chaque soir. Besoin de tendresse : allez savoir.
Au début, le canapé était interdit, mais il nous a eu à l’usure. Qui saurait résister à des yeux qui viennent vous fixer, au museau qu’il vient poser sur vos genoux.
Depuis, bien sûr, le canapé avait perdu de sa jeunesse. Mais j’ai gagné en amour.

Le gamin se serre tout contre moi. Mes doigts se promènent dans sa fourrure. Un Labrador devrait avoir un poils rude. Il n’en est rien. Mon chien est issu d’un croisement entre Labrador et Retriever. Il a hérité de la force de son père et du soyeux des poils de sa mère.
Dix ans déjà ! Quand il est entré dans ma vie il pesait tout juste 700 grammes. Il tenait dans une seule main. Atteindre le haut de l’escalier était une prouesse insurmontable. Alors il dormait sur la première marche et je notais, au jour le jour les progrès.

Puis vient l’époque où il montait les marches quatre à quatre. Une espèce de jeu. Arrivé le premier, il m’attendait avec, dans son regard, comme une lueur de fierté. Il avait encore été le premier.

Caresser le chien… son poils est doux et lentement il suit la progression de mes doigts. Je le sais, il va se coucher les quatre pattes en l’air pour se faire caresser le ventre. C’est devenu un rituel. Alors, il soupire d’aise pour un peu, on s’attendrait à ce qu’il se mette à ronronner.

Caresser le chien ….

Il y a quelque temps, j’ai détecté une petite grosseur. Qui sait une verrue peut-être ? Mais la verrue s’était mise à grossir. Elle avait pris la taille d’une noisette.

L’autre jour, je suis allé consulter le vétérinaire.
Faut enlever ce truc-là : on ne sait jamais.

Alors, ce matin, nous sommes partis faire notre promenade vidange. Elle nous a conduit chez le vétérinaire.
Une piqûre pour essayer de calmer l’animal. Puis, le vétérinaire ouvrit la cage.
Mon gamin n’a jamais été en cage. Il s’est débattu et, pendant que je rentrais chez moi, je l’entends pousser des cris plaintifs

Avant de partir je lui ai dit : je viens te chercher ce soir et, dans ses yeux, j’ai cru lire une promesse : je t’attendrais

Les heures passent bien trop lentement. Sur le mur du salon, l’horloge prend un malin plaisir à traîner des pieds.

Ce soir, j’ai rendez-vous à 17h

Je ne voudrais pas rentrer, le visage en larmes tenant au bout de la laisse un chagrin que je ne pourrai surmonter.

Ce n’est quand même qu’un chien me direz-vous
Non, c’est Mon chien, le compagnon de dix ans de vie commune, celui qui savait se réjouir quand j’étais heureux et qu'il savait se faire calin les jours de ciel gris.
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