Un miroir pour 3 visages
Brobeck Jean-Paul
ATTENTION DANGER !

La variante humaine de la fièvre aphreuse est identifiée.


Monsieur Sam Suffy, directeur de l’O.N.B.S. « Office National du Bon Sens » lance un cri d’alarme : les premiers cas de fièvre aphreuse humaine ont fait leur apparition en France. Décidément, le troisième millénaire commence mal, car après la vache folle, le poulet à la dioxine, la tremblante du mouton, le sort semble s’acharner sur le genre humain.
Interrogé par notre envoyé spécial, Monsieur Sam Suffy a bien voulu nous éclairer sur cette nouvelle maladie. Laissons lui donc la parole :

« Il faut tout d’abord constater que la maladie de la fièvre aphreuse n’est apparue jusqu’à présent, que dans le seul milieu des politiciens. Les premiers symptômes se manifestent sous la forme d’une irrésistible envie de sourire, doublée d’un besoin pressant de serrer des mains et ce, surtout en période électorale. L’incubation de la maladie prend généralement fin juste après les élections. C’est à ce moment précis, qu’apparaissent de nouvelles manifestations du type neurologique qui donnent lieu à des pertes de mémoires. On pourrait aller jusqu’à évoquer une véritable amnésie concernant des propos tenus juste avant les élections et communément désignés par « promesses électorales ».
Au stade suivant, apparaît le symptôme de la réélection, une période s’étendant généralement sur la durée d’un mandat. Pendant cette période, l’esprit du malade semble obnubilé par le seul soucis de sa réélection.

Devant la gravité de la situation, d’aucuns osent évoquer la possibilité d’une euthanasie à titre préventif, mais avant d’en arriver à de telles mesures, les autorités compétentes ont décidé une mise en quarantaine drastique. C’est ainsi que les régions de Paris, Lyon et Toulouse sont pour l‘instant totalement coupées du reste du monde et l’on craint que l’épidémie baptisée « politizotie » par les scientifiques ne s’étendent de façon foudroyante aux quatre coins de l’hexagone !

Malheureusement, il n’existe aucun traitement, et la mise au point d’un vaccin sera longue et laborieuse. Il faut bien se résoudre à l’éradication du cheptel atteint de maladie.
Certains chercheurs explorent de voies originales. Il est question de thérapie génétique dans la mesure où le décryptage du génome humain permettrait d’envisager la greffe d’un gène possédant deux propriétés remarquables.

La première des fonctions de ce gêne serait activée au bout d’une période de cinq ou sept ans et inhiberait la fonction reproductrice de l’individu. La seconde propriété de ce gêne serait une auto-activation qui serait déclenchée dès que le porteur quitterait le droit chemin, celui de l’honnêteté et du respect d’autrui et qui se solderait par la mort de l’individu.

Il reste cependant une faible lueur d’espoir dans la mesure où les scientifiques ont constaté que le fait de ne pas se représenter à un second mandat provoquerait des guérisons soudaines et quasi miraculeuses.
On pense donc dans les milieux autorisés à déposer un projet de loi qui limiterait à un seul mandat la possibilité élective des candidats. L’impossibilité de se représenter pour un deuxième mandat aurait deux conséquences.

La première est d’ordre thérapeutique et mettrait les candidats à l’abri de la fièvre aphreuse.

La seconde aurait un effet à plus long terme, car ne pouvant se représenter deux fois de suite, le candidat serait dans l’obligation de laisser un souvenir que nous qualifierons « d’inoubliable » afin que les électeurs, qui ont mémoire courte, se souviennent de lui.

Osons espérer que la sagesse puisse triompher.

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