Un miroir pour 3 visages
Brobeck Jean-Paul
S’Neïjohr
La nouvelle année,

Faut vous dire que les fêtes de fin d’année, ce n’est pas drôle du tout pour les estomacs.
Tout d’abord, il y a le 24 au soir, puis le jour de Noël où le reçoit la famille. Ensuite il y a la Saint Etienne, le 26 décembre, où l’on rend les visites. Il vous reste tout juste une toute petite semaine pour digérer. Ensuite, on remet ça de plus belle.

Noël est une fête de famille. On fête la Saint Sylvestre entre amis. Quand la maison est assez grande, on organise le réveillon à domicile sinon, on loue le « Bangala »

Le « Bangala » vous connaissez ?

Et bien en Alsace, l’Eglise a toujours occupé une place particulière. N’oubliez pas que trois départements de l’Est sont sous le Concordat. Les prêtres sont payés et l’état met la main à la poche pour l’entretien des églises.
La gestion de la paroisse est confiée à un « Conseil de fabrique » qui veille entre autres, à la vie socioculturelle et sportive.

Dans ce contexte-là, les Alsaciens ont une fois de plus, une longueur d’avance car dans presque chaque patelin on trouve une maison paroissiale, maison du peuple avant l’âge,
« s’Bangala » quoi !

Le « Bangala » accueille la chorale, les répétitions de l’harmonie municipale et l’on y donne des représentations de théâtre en dialecte.
Mais, il est également possible de louer le « Bangala » et sa cuisine pour des fêtes de familles, mariages, anniversaires, ou fête de la Saint Sylvestre.

Cette année donc, je vous invite à fêter la Saint Sylvestre dans le « bangala ».
Faut vous dire que dans la cuisine, les bénévoles ont retroussé leurs manches. Certains préparent les hors-d’œuvre. D’autres mettent tout leur cœur à réaliser les desserts, pendant que Louis, le président et boucher par profession, s’est attaqué au plat principal tout un gardant un œil sur la bonne marche des affaires.
C’est ça, l’esprit d’entraide. Chacun apporte ce qu’il peut. On a mis en commun les dépenses et l’on partage son savoir. S’Louise n’a pas son pareil pour garnir les biscuits , d’r Jean vous concocte une sangria dont vous me direz des nouvelles et les autres, les anonymes, les sans qualification se sont attaqués à la préparation de la salle et au dressage de la table.
On est là, on rit, on se serre les coudes, on se sent bien.

Vers 17 heures, les femmes rentrent se faire une beauté. Les hommes restent encore un instant pour boire un coup entre eux.

La fête commence vers vingt heures. Ces dames ont mis leurs plus beaux atours. Les messieurs sont venus en costumes cravate, mais les cravates c’est juste pour avoir l’ air chic quand on arrive. Elles iront vite dans le vestiaire. Ici on est entre amis pas de chichi.

Alors le repas se déroule avec des exclamations de joie. On raconte des blagues et, entre les plats, on esquisse quelques pas de danse
Minuit arrive presque trop vite. Alors c’est ensemble que l’on fait le décompte des dernières secondes de l’année et quand résonnent les coups de minuit, on s’embrasse, on se souhaite plein de choses. Surtout une bonne santé ! C’est important une bonne santé ! Vous savez, vous avez beau être riche, sans la santé, vous ne profitez de rien.

Mais j’allais oublier l’essentiel : les pétards ! Alors on ouvre tout grand les fenêtres et l’on balance les pétards dans la cour. Et ça pètent ces trucs-là, on irait des coups de canon.
Vous savez d’où nous vient cette tradition ?
Tout simplement pour faire peur aux mauvais esprits afin qu’ils ne nous suivent pas dans la nouvelle année.

Alors on parle aussi des projets, des résolutions qui seront vite oubliées.

Le gramophone joue disques après disque et l’on danse. Certains en profitent pour faire sentir à leur cavalière qu’elle ne leur est pas indifférente.
Et c’est dans le bonheur et les cris de joie que s’égrainent les premières heures de la nouvelle année.

Le lendemain matin, c’est-à-dire le premier jour de l’an c’est la tradition des « bratzala ». Ces gâteaux sont en forme de bretzel, c’est-à-dire en forme de nœud, font désormais partie des us et coutumes. On mange un bretzel sucré au petit-déjeuner du jour de l’an, sans oublier d’en offrir un à tous ceux que l’on aime.

Et l’on trempe les tranches de bretzel beurrées qui dans le café qui dans le cacao du petit matin.

Le lendemain, la vie reprend. Mais je dirais que le lendemain n’est pas un jour comme tous les autres. Tout d’abord il convient de présenter ses vœux à toutes les personnes que l’on rencontre, mais le lendemain c’est également le jour où les commerçants vous remercient de votre fidélité.
Alors le boucher vous offre un rond de saucisse. Le boulanger vous rajoute un petit pain au lait, l’épicier vous donne un paquet de café.
Des gestes simples, mais qui démontrent bien que la vie est une question de solidarité.

Ce jour-là, Guschti faisait immanquablement le tour de tous les commerçants. Entendez par là, même ceux chez lesquels il n’entrait jamais.
Alors, il poussait la porte en déclaration bien fort ‘’ a gustes Neijohr » -une bonne année, et comme le commerçant ne le reconnaissait pas, Guschti disait :

« Was macht d’r Papa.
Que devient votre père ? »

Et le commerçant pris d’un doute, lui offrait quand même le cadeau qu’il réservait à ses clients fidèles.

Et Guschti sortait du magasin hilare, fier d’avoir réussi à son numéro de client fidèle.

Voilà, le passage de l’année
D’r Rutsch ins Neijahr
La glissade dans la nouvelle année comme disent nous cousins de l’autre côté du Rhin est un événement qui revient malheureusement trop vite au fur et à mesure que l’on prend de l’âge.

Vieillir est une chose difficile, mais c’est encore la seule façon que l ’on ait trouvée pour durer un peu plus longtemps.

Bonne année à tous.



à suivre
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