|
 |
Dr Kouglof.
Chaque région possède son identité, son originalité. Cela commence par le langage, le parler du coin, avec son vocabulaire, ses expressions typiques, son patois parfois.
On est Français, cela est vrai, mais on est avant tout Bourguignon, Lorrain, Savoyard ou Alsacien. Du moins ceux qui ayant suffisamment vécu et qui ont fini par retrouver leurs véritables racines.
Lidentité dune région, cest également les costumes. Dommage que la mode du jeans soit venu coller le même pantalon à tout le monde. Une conception de légalité mal comprise.
Je regrette le temps où lon portait le costume que lon qualifie aujourdhui de folklorique, avec une pointe de dédain. Maintenant, il faut attendre une quelconque fête pour touristes pour que lon ressorte les costumes dautrefois, comme si le musée descendait dans la rue. Jai souvent limpression que lon regarde avec une curiosité presque malsaine ceux qui essaient de sauver les traditions.
Lidentité dune région, cest aussi la mémoire collective, toutes ces histoires que se transmettent les générations. Enfin disons, que lon se transmettait autrefois, car maintenant il y a la télévision, les antennes paraboliques, le monde à portée de mains là-bas dans le salon.
Je ne sais pas si les mentalités ont suivi, si les gens ont pris conscience des problèmes de la planète. Ayant depuis longtemps perdu leurs véritables racines, ils ne savent plus qui ils sont ni doù ils viennent.
Cest un peu comme si lon essayait de construire un édifice bien haut, en oubliant de lui donner des fondations solides.
L identité dune région ce sont toutes les traditions, les grandes et les petites habitudes de la vie de tous les jours.
La gastronomie aussi. Et cela est très important. Le tourisme a cela de bon quil a fait naître une espèce de nostalgie de la cuisine à lancienne, la cuisine régionale. Cela me fait plaisir, mais on pousse parfois le bouchon un peu trop loin.
On mange la bouillabaisse à Lille, le cassoulet à Strasbourg et la choucroute à Biarritz.
A mon avis, ce nest pas la cuisine qui doit voyager. Elle nest bien que là où elle est née. Encourageons plutôt les amateurs de gastronomie à se déplacer.
Et puisque nous parlons justement de gastronomie, laissez-moi évoquer une anecdote.
Quand jai déménagé et que je suis installé dans ma nouvelle région, on ma demandé, connaissant mes aptitudes culinaires, de préparer un plat de fête alsacien. Je me suis alors rendu compte que finalement, chez nous en Alsace, nous mangeons très bien tous les jours.
Il y a bien quelques recettes réservées aux jours de fête, mais cest souvent parce quil faut être plus nombreux que dhabitude.
Un cochon de lait farci mérite lhommage dune grande assistance.
Mais il y a aussi, et je dirais surtout, les petits plats de tous les jours :
« A gwehnliger Kalbskopf »
- Une simple tête de veau.
- « A Surlàwerlà »
- Du sauté de foie aigrelet.
- « D Schtàckàbohnà met Schpàck. »
- Des haricots grimpants avec du lard.
et jusquà la simple tranche « dItterlà » de tétine de vache panée et sautée à la poêle qui mérite quon sy intéresse.
Vous voyez, on nest pas toujours obligé de faire compliqué.
Dailleurs, on shabitue trop vite au bonheur et au bon. Lérosion guette. Tout devient rapidement normal. Alors, il faut savoir être prévoyant et se garder une réserve pour les jours de fête.
Tiens, prenez lexemple du Kouglof.
Cette brioche en forme de montagne saupoudrée de sucre glace, napparaissait sur les tables alsaciennes que pour les grandes occasions : Noël, Pâques, un anniversaire parfois. Et à bien prendre les choses, ce nest pas le fait de déguster qui procurait le vrai plaisir, mais plutôt celui de préparer la brioche.
Car cétait malgré tout un bon bout de travail.
On commençait par mélanger la farine, les oeufs, le sucre, le lait et le beurre. Puis on ajoutait le levain que lon avait préparé davance. Il fallait bien battre la pâte, ce qui sentendait de loin.
« Sgebt weder Kougàlupf. »
- Il y a du kouglof en lair.
Puis on laissait lever la pâte une première fois, bien à labri des courants dair. Ensuite, on la battait une seconde fois. Et lon rajoutait des raisins secs. Non pas des sultanines minuscules, mais des « Meerdriwàlà » - des raisins venus dau delà des mers, c'est à dire des raisins de Corinthe ou de Malaga. Mais dans les temps encore plus anciens, on utilisait carrément des grains de raisins alsaciens séchés à cet effet.
On posait la pâte dans les grands moules en pierre vernie bien beurrés noubliant surtout pas de déposer une amande au creux de chaque côte.
Et puis on attendait une seconde fois pour que la magie sopère et que la levure, qui garde toujours un côté mystérieux, fasse gonfler la pâte.
A ras bord car ;
« A Kougàlupf mües à schener Hüet machà
- Un kouglof doit posséder un bord comme un chapeau .»
On cuisait le gâteau soi-même, ou alors on le portait chez le boulanger. Mais à la sortie du four, on était fier quand le Kouglof était réussi.
Fier de son travail. Content de tout lamour que lon avait mis dans la réalisation de son Kouglof.
« Changi, verzähl à mol dGschechdlà vum Kougàlupf.
- Changi, raconte lhistoire du kouglof. »
Cétait un kouglof qui était entré dans la légende. Attendez, vous allez savoir pourquoi.
« Em letschtà Krieg hatts nemmà viel gàh.
- Pendant la dernière guerre, les denrées étaient rares.
- Hasch velecht noch à betzi Màhl und Heffà gfundà.
- Tu trouvais peut être encore un peu de farine et de levure.
- Em Xavier sinni Frau esch em Schpitahl gseh.
- La femme de Xavier était hospitalisée.
- Sarmà Màïdla hatt Luscht uf à Kougàlupf gha.
- La pauvre fille avait envie dun kouglof.
Alors, Xavier nota la recette. Mais il était plombier de son état et navait jamais touché à la cuisine.
Quà cela ne tienne !
Le dimanche suivant, Xavier se présenta à lhôpital avec un kouglof gros comme ça et dune légèreté incomparable. La femme fut ravie. Mais la plus étonnée dans lhistoire cétait la soeur garde malade.
« dSchwester » - la soeur voyant le kouglof, avait demandé à Xavier :
« Senn'r Pâtissier ?
- Etes vous pâtissier ?
- Nàï, er benn Plombier.
- Non, je suis plombier. »
La soeur ne voulut jamais le croire. Un kouglof comme ça, cétait loeuvre dun professionnel. Ne me racontez pas dhistoire !
En fait de professionnel, de tour de main secret, je me dois de vous dire la vérité.
Xavier était rentré chez lui avec la recette de sa femme. Il avait bien suivi les indications de son épouse, avait préparé la pâte, mais, comme le temps était orageux, Xavier, fatigué, avait fait une petite sieste.
La nature fait bien les choses.
Xavier se réveilla juste au moment où le kouglof allait déborder de son moule.
« Ddemschti Bürà hànn emmer dgreschti Hàrdäpfel »
- Les paysans les moins instruits récoltent toujours les pommes de terre les plus grosses.
Mais ça, je vous lai déjà dit.
à suivre
Mes garnements Changi et Güschti vont s'octroyer quelques semaines de vacances bien méritées. Mais comme je les connais bien, ils ne vont pas pouvoir mener une vie pépère. Je suis curieux de savoir ce qu'ils vont encore bien pouvoir inventer.
|
|
|