| Brobeck Jean-Paul - Un miroir pour trois visages | ||||||||||
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dr Güschti.
Le Gustave On la toujours appelé Güschti, et rares sont ceux qui connaissent son nom de famille. Dailleurs, lui-même, quand on lui disait Monsieur Gustave, avait limpression que lon parlait dune autre personne. Güschti avait été employé communal, profession aux multiples facettes quil résumait en quelques mots : « Ech schaff fer dMairie. » - Je travaille pour la Mairie. A lorigine, Güschti faisait office dappariteur. Sur ordre du maire, il parcourait le village muni dune cloche. Il sarrêtait aux endroits stratégiques, sonnait à toute volée, et dune voix toute officielle proclamait : « dr Herr Maire get bekant . » - Monsieur le maire fait savoir ... Cest ainsi, quà lépoque où la langue française nétait pas encore démocratisée, Güschti avait la charge de proclamer les nouvelles. Il était donc connu de tous. Les vieux venaient sur le pas de leur porte au premier tintement, et les gamins, les jours où ils nétaient pas à lécole, lui faisaient un véritable cortège. On se demande dailleurs, pourquoi la cloche ? Avec toute cette ribambelle de gamins, Güschti ne pouvait passer inaperçu. Quand grâce à Changi, le français était enfin entré dans les moeurs, on fit de moins en moins appel aux talents de lappariteur ou alors seulement dans les occasions exceptionnelles. Güschti rangea sa cloche sur un rayon, continuant néanmoins de lastiquer chaque semaine car, comme il aimait à le répéter : « la cloche, cest du matériel communal. » Et tout ce qui est communal est bien sûr sacré. A cette époque-là, Güschti fut motorisé : entendez par là quon lui acheta un « Solex » car Güschti sétait vu attribuer le rôle de garde champêtre. « Moi, jaurais préféré un vélo. Cest plus pratique, ça sent pas mauvais et ça fait moins de bruit quand je chasse les contrevenants. » Car le bougre prenait du plaisir à débusquer les braconniers ou les pêcheurs sans carte, les jours où il avait le temps. Cest-à-dire, les jours où il ne posait pas lui même quelques collets. Il était dailleurs lhomme à tout faire, et ses activités consistaient à arroser les plantations devant la Mairie, allumer le chauffage de lécole, balayer la Mairie et, les soirs de réunion du Conseil municipal, à veiller à ce que lon ne manque pas de bière. La bière était dailleurs son point faible. Il laimait trop : « nix geht ewer a güet Bier . » - Rien ne vaut une bonne bière. Mais malgré un entraînement journalier des plus sérieux, il ne la supportait pas. Alors, après quelques « Humpà » - bocks -, il sortait du café du Cheval Blanc avec un nez tellement rouge que les gamins, toujours peu respectueux, avaient baptisé son appendice nasal, le gyrophare de Güschti. Güschti prenait des bitures historiques sans jamais devenir méchant. Il serait plutôt du genre à livresse mélodique, car il poussait ces moments-là des chansons qui faisaient fuir les vieilles demoiselles aux oreilles prudes. Quand on voyait le «Solex» posée contre le gros arbre derrière le cimetière, on savait que Güschti nétait pas loin et quil ne fallait pas le déranger. Il cuvait sa dernière Kronenbourg, ou comme le faisaient remarquer les mauvaises langues (et il y en a toujours) : Dr Güschti macht weder Ewerstundà. - le Güschti fait des heures supplémentaires. Les jours où il était encore suffisamment clair pour tenter de rentrer chez lui, il enfourchait son «Solex» et cétait le sauve qui peut. Chacun se réfugiait derrière la grille de son jardin car Güschti slalomait dangereusement. Pourtant personne ne peut se vanter davoir vu tomber Güschti, si bien que dautres mauvaises langues affirment quil avait si bien dressé son «Solex» quil connaissait lui-même le chemin du retour. Suite |
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