Un miroir pour 3 visages
Brobeck Jean-Paul
L’instruction mène à tout.


Si vous décidez de nous rendre visite dans notre petit patelin, vous avez le choix entre deux routes : celle qui passe par la forêt et l’autre qui serpente le long de la rivière.

En été, je vous recommande la route forestière, car il est bien plus agréable de cheminer à l’ombre des arbres qu’en plein soleil.
En automne, la même route vous permet d’admirer les couleurs du paysage et les grands feux de joies que les arbres allument dans la forêt. Et, si vous n’êtes pas trop pressés, vous pouvez aussi vous arrêter et cueillir au passage quelques champignons

Mais attention, c’est une route dangereuse, surtout au petit matin quand les chevreuils traversent sans regarder. Tiens l’autre jour, d’r Baptiste roulait tranquillement quand il aperçut un sanglier en plein milieu de la route. Cela faisait un moment que le Baptiste n’avait pas dégusté un bon civet alors, au lieu de freiner, il donna un grand coup d’accélérateur. Il y eut un gros choc et le Bapsite se retrouva dans le fossé.
Je vous jure qu’avec le montant du devis du garagiste, le Baptiste aurait pu s’acheter tout une harde de sangliers.
Mais le bonhomme n’est pas bête et a de la suite dans les idées. Il adressa donc une lettre au propriétaire de la chasse en lui demandant une indemnisation car il n’y avait nul panneau avertissant du passage de gibier.
Quelques jours plus tard, le facteur apporte une lettre en accusé de réception dans laquelle le propriétaire, qui était avocat, faisait remarquer à Baptiste que le droit de chasse était strictement interdit sur les routes et qu’au besoin, il voulait bien l’assigner au tribunal sous prétexte de braconnage….
L’affaire s’arrêta tout naturellement.

La route le long de la rivière est un peu plus longue, mais à l’occasion, vous pourrez entrevoir d’r Paul qui vous cèdera , moyennant finance, quelques poissons fraîchement tirés de l’eau.

Voilà, maintenant vous savez comment venir chez nous. On vous attend.

L’ennui, c’est que les routes ont été déclarées « routes communales » ce qui par voie de conséquence oblige la commune à les entretenir, donc d’engager un cantonnier.

Mais avec le temps, même les routes les plus solides finissent pas s’user. Il était vraiment grand temps de prévoir une réfection. Le hic de l’affaire, c’est que la commune n’était pas assez riche pour se payer du goudron même sans prétention. D’r Maire adressa donc une demande de subvention au département. La demande fut rejetée.

Mais on ne devient pas Maire quand on est bête. Alors, le Maire qui a de la suite dans les idées, pensa à son copain le député et il lui adressa une belle lettre dans laquelle il lui demanda non seulement d’appuyer l’attribution d’une subvention, mais il prit plaisir à lui rappeler « le bon vieux temps » à l’époque où ils couraient les filles. Il évoqua au passage que la jeune institutrice de l’école maternelle avait, comment dire, comme un air de famille….

On ne devient pas député quand on est bête et le député du coin prit le problème ( si j'ose dire) à bras le corps. On verra bien ce que l’on verra .

« Waert à Mohl »
attentez une fois…

Le député téléphona donc à l’ingénieur des ponts et chaussées pour lui demander aide et conseils non sans faire miroiter qu’une petite rosette serait de plus bel effet sur la boutonnière de son costume.
On ne devient pas ingénieur des ponts et chaussées quand on est bête alors, monsieur l’ingénieur décida de faire tendre au travers de la route un fil qui servirait à compter le nombre de passages. Quand le Maire verra le peu de passage, il pourra toujours continuer de rêver.

Mais comme le maire n’était pas bête ( je vous l’ai déjà dit !)
il envoya Guschti chercher le directeur de l’école communale.
Quand celui-ci se présenta, le maire évoqua « ses pauvres enfants » qui sont obligés de rester assis six heures par jour derrière les pupitres .
« Un petit peu d’exercice leur ferait tellement de bien »

On ne devient pas directeur d’école, même communale » quand on est bête. Alors le directeur prit ses élèves et s’en alla en promenade. Arrivé devant le fameux fils compteur, il organisa un concours de traversée de la chaussé à cloche pied. Gagnerait celui qui arriverait à viser juste le fil le plus de fois possible

Vous devinez la suite …

Le compteur enregistra et enregistra….
Un véritable trafic d’autoroute, un jour de départ en vacances.

Les enfants rentrèrent les jouent bien roses.
Quelques mois plus tard la route fut refaite aux frais du département.
Monsieur le député retrouva son sommeil de père tranquille
et monsieur le maire fut réélu haut la main.

Il suffit de ne pas être bête.
C’est pourquoi, je vous recommande de veiller à ce que vos enfants fréquentent régulièrement l’école.

Une bonne instruction, cela vous mène à tout.
Peut-être seront-ils directeur d’école, maire, voire même député.

à suivre

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