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Salbst gmacht
Fait soi-même.
D Ranta !
La retraite !
En voilà une bonne chose que linvention de la retraite. Cest vrai quelle nest pas bien grosse la retraite, mais avant son invention, les gens été obligés de se débrouiller autrement.
Il y a ceux qui réglaient le problème en faisant plein denfants. Les familles nombreuses étaient choses courantes car avec beaucoup denfants, on pouvait toujours se dire que dans le lot, il y en aurait bien un ou deux qui soccuperaient des parents âgés.
Et puis, il y avait aussi les familles où le père était « assis sur lhéritage » et régnait en véritable tyran sur toute la famille.
« Wenn er a Mohl nemma do ben, so machen n'r wassr wann !
Quand je ne serai plus là vous ferez ce que vous voudrez.
Une autre façon de pallier aux avatars financiers consistait à faire beaucoup de choses soi-même.
Salbst gmacht fait soi-même.
Alors cest de tradition séculaire que lon fait ses confitures, ses conserves, son vin quand on a des vignes, son Schaps quand on a des arbres fruitiers. On refaisait les peintures de la maison : normal ! On ressemelait aussi les chaussures que lon gardait
Biss sa fu da Bei keiya
Jusquà ce quelles tombent des pieds. !
Et il en était pareil pour toutes choses. On économisait partout où lon pouvait. Economies parfois sordides qui consistait à remettre dans la boîte une allumette déjà utilisée et qui pouvait à loccasion servir à rallumer un gaz en prenant le feu sur un autre.
Voilà, cest ça les Alsaciens, les vrais, du moins ceux qui ont vécu deux guerres et qui ont entendu parler de la troisième, cest-à-dire en réalité la première en 1870 !
Si les gens étaient économes, on ne peut pas dire pour autant quils étaient pingres, car ils savaient à loccasion, donner de grandes fêtes comme pour un mariage ;
Awer skummt nur ei Mohl em Làwa vor.
Mais cela narrive quune fois dans la vie.
Théoriquement bien sûr.
Les gens savaient également se montrer solidaires, et, quand le voisin avait trop de travail, quand il était à la bourre, on ne rechignait pas à lui donner un coup de main.
A charge de revanche, évidemment.
Ça cétait dans le temps. Maintenant les gens sont devenus de plus en plus individualistes. Vous voulez que je désigne le coupable : la télévision.
Au début, il ny avait quun type de quartier qui possédait un poste de télévision. Ce nétait pas seulement une question dargent, non, le type était radio amateur et savait bricoler
Alors il invitait volontiers les gens du voisinage. Alors, le samedi soir, quand il faisait beau, chacun saisissait une chaise de cuisine, la mère prenait la tarte aux mirabelles quelle venait de préparer et on allait chez le père Edel voir la télévision. Les gens étaient assis dans la cour, en rangées devant le poste qui trônait sur une table.
On regardait. On commentait. On discutait. Et puis on rentrait chez soi. La télévision, au départ, jouait son rôle de fédérateur.
Maintenant chacun possède un poste de télé, voire souvent deux. On se bat pour savoir quel programme regarder. Les gosses vont regarder la télé dans leur chambre, le mari suit le match de foot pendant que la femme aimerait regarder un film romantique.
Fini le rôle fédérateur. La télévision fait éclater les familles.
Mais nous parlions de retraite, il me semble. Revenons à nos moutons. Donc pour améliorer sa retraite, Güschti avait accepté de garder le bébé de la Catherine qui devait rendre visite à sa tante. Elle avait bien signalé à Güschti que le bébé sortait de bronchite et quil était encore fragile de ce côté-là.
Garder des bébés ce nétait pas la tasse de thé de Güschti, mais la Catherine lui avait dit quil pouvait se servir dans la bouteille de Schnaps ce qui, à côté du billet glissé en douce dans sa main, nétait pas un avantage négligeable et Güschti avait donc accepté.
Cétait au mois de février. Il faisait encore relativement froid. Dans les maisons anciennes, les toilettes se trouvent tout naturellement au fond du jardin. Question dodeur peut être
Güschti gardait donc le bébé, quand il fut soudain pris dune envie
dont lorigine remonte à la bonne choucroute quil avait mangée copieusement la veille.
Il nétait pas question de sortir aux toilettes et de laisser le bébé tout seul. Alors Güschti " fit pour un bien"
Il sassit sur le pot de chambre préparé pour le bébé au cas où
Et ce fut un grand soulagement.
Seulement, laffaire finit mal.
Car Güschti venait tout juste de remonter son pantalon, quand la Catherine revint de la ville. Pris de panique, Güschti prit le bébé et le mit sur le pot.
Vous connaissez les mamans, la sensibilité de leur nez. Catherine se précipita sur son gamin et le souleva.
Elle poussa un cri devant la taille de la chose.
Cest le bébé qui a fait ça ?
Ya ! ya ! Salbst gmacht
Oui Oui, du fait soi-même.
Pour terminer cette histoire vraie, comme toutes celles que je vous raconte, je pourrais vous dire que le bébé entra dans le livre des records.
Mais on navait pas encore inventé le livre des records.
Catherine appela les voisins pour faire constater la chose et parce quelle avait un peu peur que le bébé ne soit disons « en avance sur son âge ».
Toujours est-il que depuis ce jour-là le bébé reçu un surnom qui le suivra toute sa vie.
On lappela « Deckwurst » nom qui désigne, la grosse saucisse qui a fait la renommée de la charcuterie alsacienne.
à suivre.
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