Un miroir pour 3 visages
Brobeck Jean-Paul
D’Firdiga
Les fêtes de fin d’année


On dirait que c’est fait express. Vers la fin de l’année, les fêtes se succèdent à un rythme soutenu : Saint Nicolas, Noël, la Saint Sylvestre, le Nouvel An : on ne sait plus où donner de la tête, mais il serait plus exact de dire que l’on ne sait plus où donner du gosier !
Et puis n’allez pas surtout oublier la Saint Etienne : le 26 décembre, un jour chômé en Alsace, un jour qui fait bien des jaloux chez les « Franzosa » les Français de l’intérieur selon l’expression consacrée.
D’r Stefanstag (la Saint Etienne) a été placé de façon stratégique juste après Noël afin de pouvoir se reposer des excès de tables de la veille ou alors, comme disent les mauvaises langues, pour manger les restes.

Venez, suivez-moi, je vais vous raconter.

Comme dit, les festivités commencent par la Saint Nicolas. A vrai-dire, la fête commence un peu plus tôt avec l’apparition des « Manalas » et des Schnakala » dans les vitrines des boulangers.
Attendez que je vous explique :
Les Manalas sont des petits pains briochés qui ont la forme de petits bonshommes. Il existe le Manala courant, de taille dirons-nous « normale ». On en mange facilement deux ou trois, sans être obligé de se forcer. Mais les boulangers ont également inventé la version disons «familiale», un gros bonhomme tenant un bâton. On lui a mis deux raisins secs pour faire les yeux, mais les raisins servent également pour imiter les boutons de sa veste.
Je me souviens ; les raisins secs étaient une véritable tentation. Alors quand ma mère avait le dos tourné, je tendais un doigt voleur.
« Gesch m’r net d’triwala ussa knuwlà » tu ne vois pas me chiper les raisins !
Trop tard, ils étaient déjà dans mon estomac.

Donc on était prévenus, Saint Nicolas allait venir récompenser les enfants sages et le Hans Trapp – le père fouettard - allait nous faire payer nos méfaits et désobéissances. Et l’on avait une sacrée trouille car tout devait être noté dans un carnet. Pas possible qu’un homme puisse se souvenir de tout. Alors le 6 décembre, la Grand-rue de village résonnait de coups de clochettes qui annonçaient l’arrivée imminente des deux personnages. On essayait de se cacher tout au fond d’une pièce tiraillé entre le plaisir de recevoir un petit cadeau et le risque de se faire tirer les oreilles.

C’était quand j’étais gosse. C’était à l’époque où je croyais encore au Père Noël mais la croyance pris fin le jour au Guschti et Changi s’étaient fait engagés pour jouer les envoyés du ciel. Faut vous dire que les habitants remerciaient les deux compères en leur servant un bon vin chaud. Le vin avec ses épices, ça va. Ce qui fait du dégât, mais seulement à la longue, c’est le Schnap’s. Un vin chaud faut que ça réchauffe alors, pour le corser, on met un coup d’antigel disaient les gens en rigolant. Après deux ou trois visites, le vin chaud vous monte à la tête et quand Guschti se présenta chez nous, il avait déjà les pieds passablement lourds. Alors comme il buta dans le seuil de la porte, il ne put s’empêcher de jurer « Dammi noch à Mohl »
Ce jour-là, j’eus comme un doute : un envoyé du ciel ne peut assurément pas jurer ; et comme il me sembla reconnaître les voix de Guschti, mes illusions furent perdues à jamais.
Toujours est-il que la Saint Nicolas était une véritable fête de famille. Rien à voir avec le mercantilisme actuel.
Nous recevions un panier qui contenait, tradition oblige, un Saint Nicolas en chocolat, un pain d’épices sec, sur lequel on avait collé une image, des noix, des clémentines ou des mandarines selon l’arrivage.
Puis, la famille passait à table et l’on dînait en dégustant des Manala et des Schnakla légèrement beurrés que l’on trempait dans une bonne tasse de cacao fumant.

C’était une fête toute simple, sans la moindre complication ; mais j’ai gardé dans mon cœur l’odeur du cacao et chaque année, même si je suis devenu vieux, le 6 décembre, toute la famille, où disons ce qu’il en reste, se réunit pour tremper d’un commun accord des Manalas dans le cacao.

Voilà, la prochaine fois, je vous raconterai la suite, Noël, la Saint Sylvestre et le Jour de l’an mais à condition de ne pas sourire, car il y a bien longtemps que j’ai compris que les traditions sont les véritables racines qui nous rattachent à notre passé et qui forment notre identité.



à suivre

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